Vivre à Fukushima: s’informer, mesurer et éviter

Comment vivre à Fukushima-ville ?(60 km de la centrale) Où vont finalement aller les sacs de sol contaminé ?

 

Un membre du WNSCR (réseau sauver les enfants des rayonnements) vivant à Fukushima-ville, une mère de 4 enfants (deux d’entre eux vivent en dehors de la préfecture de Fukushima, à l’université), décrit le travail de décontamination dans la cour de sa maison et la vie quotidienne à Fukushima-ville. La décontamination a été effectuée après un an d’attente.

 

Le 6 Septembre:

C’est le 6° jour de décontamination de notre maison. Les travailleurs ont creusé un gros trou dans notre cour pour y enterrer le sol radioactif, lui-même placé dans de grands sacs qui sont supposés retenir le sol pendant 3 ans. La mairie de Fukushima nous dit qu’ils trouveront un endroit pour stocker le sol contaminé dans la commune et qu’ensuite ils déterreront les sacs et transporteront le sol contaminé vers cete zone de stockage. Je doute qu’ils soient en mesure de trouver un tel emplacement en 3 ans. Chaque fois qu’un nom de lieu est cité comme possible, les gens concernés, qu’ils vivent à proximité ou loin commencent par s’y opposer. Jusqu’à présent, je ne crois pas qu’une seule municipalité de la préfecture de Fukushima ait donné son accord pour un site de stockage temporaire des déchets contaminés.

Quand je considère la situation, je me demande comment on va pouvoir trouver un endroit où stocker tous ces combustibles usés qui vont continuer de s’accumuler aussi longtemps qu’ils laisseront fonctionner des centrales nucléaires.Le gouvernement japonais semble penser que notre seule préoccupation est la sécurité du fonctionnement des centrales; mais je pense qu’ils devraient aborder sérieusement et tenter de résoudre le problème de savoir où mettre ces combustibles usés. S’ils le font, ils devraient voir que nous devons cesser d’utiliser l’énergie nucléaire.

Le trou dans ma cour est assez grand pour accueillir 3 de ces grands sacs qui seront placés dans le trou et recouverts d’environ 30 cm de sol propre. Ils ont aussi lavé le sol et les escaliers autour de la maison en utilisant un jet d’eau sous pression et ils ont aussi lavé notre toit. Les eaux usées de ces travaux ont été également collectées et emmenées dans un grand conteneur en plastique, qui selon les règlements, doit être emmené à un emplacement réservé au stockage et au traitement.

 

14 Septembre

4 jours après la fin des travaux de décontamination. Les niveaux de radioactivité ont considérablement diminué mais ne ils ne sont pas revenus au niveau d’avant l’accident. Beaucoup disent qu’ils vont remonter graduellement car des substances radioactives persistent encore dans l’environnement.

 

15 septembre

Nous avons reçu de la part des agents chargés de la surveillance de la radioactivité les résultats officiels des mesures avant et après la décontamination. A 50 cm au dessus du sol, le niveau de radioactivité dans notre séjour a été abaissés de 0,14 à 0,09 µSv/h et dans notre cour il est passé de 0,55~0,97 à 0,19~0,46 µSv/h.

La dose moyenne dans l’air dans la ville de Fukushima avant l’accident était d’environ 0,04 µSv/h. Ainsi vous pouvez constater que les niveaux de radioactivité dans et autour de notre maison ne sont pas aussi bas qu’ils le devraient.

 

La ville de Fukushima est à environ 60 km au nord de la centrale nucléaire ruinée Fukushima Dai ichi; cependant certaines parties de la ville sont fort contaminées et 3.234 personnes (au 15 mars 2011), surtout des mères de jeunes enfants ont évacué volontairement; la population est d’environ 283.000 habitants.

 

Beaucoup de gens au dehors de Fukushima semblent penser que toute la préfecture est tellement contaminée que où qu’on aille l’eau et les aliments sont fortement radioactifs et dangereux. Cela peut être vrai dans des zones plus proches de la centrale nucléaire et dans certaines autres zones que le nuage radioactif a survolées après l’explosion et où les habitants ont reçu l’ordre d’évacuer; mais si vous regardez sur la carte, vous verrez que la préfecture de Fukushima est une assez grande préfecture.Et dans les villes comme Fukushima la plupart des gens, y compris moi,sont restés et vivent une vie quotidienne ordinaire.

 

Il est probablement vrai que la majorité d’entre nous est encore profondément inquiète au sujet des effets des radiations, spécialement pour nos enfants pour les 5, 10, 20 ans à venir et même plus. Beaucoup d’entre nous ont traversé une longue période pendant laquelle nous hésitions à décider si nous devions ou non quitter notre maison, nos parents, nos amis, le travail, tout ce que nous avions à Fukushima.

Mais en même temps nous avons appris à mesurer la radioactivité dans l’eau et nos aliments, et aussi dans notre corps. Nous avons appris que certains aliments semblent absorber la radioactivité mieux que d’autres et donc à les surveiller plus étroitement. Nous avons appris à éviter les endroits où la radioactivité est particulièrement forte. Nous avons appris toutes ces choses et bien d’autres de telle sorte que nous sommes certains que vivre à Fukushima est aussi sûr que de vivre à Tokyo, en Californie, à Londres ou à Paris. 

Ainsi, les mots clef sont: mesure et évite.

 

En conséquence, je bois l’eau du robinet car je sais qu’elle a été contrôlée et qu’elle est saine. J’achète la plupart de mes aliments à une coopérative qui impose des limites de Césium radioactif plus sévères que celles du gouvernement. L’an dernier nous avons décidé de manger du riz poussé chez mes beau-parents après en avoir mesuré la radioactivité et trouvé qu’elle contenait moins de 5 Bequerels par kg.

La limite décidée par le gouvernement japonais est de 100 Becquerels/kg pour le riz. Aux U.S. la limite est de 1.200 Bq/kg pour tous les aliments et en Europe la limite est de 1.250/kg pour les céréales,la viande et les légumes.

 

Je ne nie pas que Fukushima soit encore dans une situation difficile; et comme je l’écrivais plus haut, la plupart d’entre nous se pose chaque jour la question de savoir si nous prenons les bonnes décisions. C’est pourquoi, quand j’entends certains membres de la délégation japonaise répéter à la dernière réunion de l’IOC «Tokyo est sûr» pour les jeux de 2020 car il est à «250 km de Fukushima» et «la question de l’eau contaminée est sous contrôle», cela me rend vraiment furieuse.

Je souhaite que les gens hors de Fukushima sachent qu’il y a des gens ici qui font de leur mieux pour se protéger des radiations, pour vivre une vie quotidienne normale et décente. Et autant que je sache, pour avoir mesuré la radioactivité dans notre environnement, je peux affirmer que la totalité de la préfecture de Fukushima n’est pas aussi fortement contaminée que le monde pense qu’il est.

 

Reportage et photos par Akiko Fukami, Fukushima-ville
Traduction: «vivre-apres-fukushima.fr»

 

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